docs / infos | Lucie Planty

En cours / à venir

Les recombinants
Foire internationale d’Art Contemporain de Marseille
(ART-O-RAMA), cur. Madja Edelstein-Gomez,
Friche de la Belle de Mai, Marseille
Du 25 Aout 2017 au 25 janvier 2018

Pavillon Homeostasis Lab
Biennale international The Wrong,
du 1 novembre au 31 décembre 2017

Tenaces promesses, dérision magnifique
La Station — Gare des Mines
29 Avenue de la Porte d'Aubervilliers, 75018 Paris
du 2 au 9 novembre 2017
Vernissage le jeudi 2 novembre, de 18h à 22h
Site de la Station ⇲

Vente aux enchères du Salon de Montrouge 2017
Samedi 4 novembre 18h
Beffroi de Montrouge
2 Place Emile Cresp, 92120 Montrouge
Catalogue des ventes ⇲

Variation Media Art Fair
du 15 au 25 novembre 2017
Cité internationale des Arts, Paris
18 Rue de l'Hôtel de ville, 75004 Paris
http://variation.paris/

Mythologie.s
La capela
20 rue Philippe de Girard 75010 Paris
Du 23 novembre au novembre 2017
vernissage 23 novembre de 18h à 22h











Léa Djurado
Salon de Montrouge 2017


Pour Lucie Planty, l’art se raconte à travers une fiction, un système narratif. La jeune artiste se glisse dans les plis du temps pour faire resurgir des lieux disparus, des artistes oubliés, des œuvres manquantes. Ses productions visent à nous interroger sur la question essentielle de la disparition. Il en est ainsi de la série des peintures Collection particulière qui vise à recréer des tableaux disparus, volés durant la Seconde Guerre mondiale, et dont seuls subsistent quelques traces documentaires, descriptifs lacunaires, photographies en noir et blanc. Ces formes de réinterprétations, jouées à partir d’une partition partielle et passée, tirent l’art de l’espace du côté de l’art du temps, et font entendre l’écriture d’une histoire de l’art en cours. À l’image de Feu Pâle de Vladimir Nabokov qui s’ouvre sur un mensonge : celui du manuscrit trouvé d’un poète disparu, Lucie Planty crée des mirages narratifs, et se fait auteure d’une histoire de l’art-fiction.












Specimen
12 livres d'installation, impression laser, exemplaires uniques, 2016
Lucie Planty Lucie Planty
«Specimen est une installation de 12 livres. De volumes, de fabrications et de formats différents, ils portent exclusivement des images, en noir et blanc ou en couleur, sans aucun texte. Ces milliers de photographies sont de natures diverses, elles concernent l’homme, ses pratiques, son savoir, son histoire. Elles sont regroupées par typologies, par séquences, par analogie, dans une fausse incohérence. Lucie Planty Lucie Planty
Il s’agit à l’origine de manuels, de guides, de méthodes, de précis, dédiés à l’apprentissage de pratiques diverses. Ils ont été reproduits à l’identique : format, papier et reliure semblables au modèle, et vidés de leur contenu, à l’exception des illustrations photographiques qui ont conservé leur place d’origine. Scannés en intégralité et privé de la totalité des textes, il n’en reste que des images stigmates, vignettes pauvres et sans qualités. Lucie Planty Lucie Planty


Ces photographies ont pour vocation de porter et transmettre un savoir, elles font office d’exemples, de figures d’autorité, de représentations du bien fait. Elles sont tributaires d’une époque, d’une façon de représenter, et c’est alors une flânerie sémiotique auquel ces catalogues silencieux nous invitent. La valeur narrative de la séquence première a été modifiée, elle se déploie en une iconographie aphone étrange. Privées de la nomenclature logique pour laquelle elles avaient été conçues, le rythme, l’organisation et le vis-à-vis de ces photographies proposent une compilation sans légende des images du monde.» M.T. exposition Archive/Fictions, 2016












A bazaar in the Bazaar in a bazaar
exposition collective, Bazaar Compatible Program, orchestrée par Claude Closky et Paul Devautour, Shanghai, Chine, 2015 (photographie BCP)
http://w1d3cl183.1mm3d1at3.org/fr/bcp94.html ⇲ Lucie Planty












Camille Paulhan
2017


La méthode de travail de Lucie Planty s’apparente sans doute à celle de l’enquêteuse, et peut-être même à celle de la chasseuse de fantômes. Elle s’intéresse aux traces, aux fragments et aux indices, même si elle peut parfois brouiller les pistes : dans son installation Specimen, des manuels d’apprentissage de savoirs variés – de la natation à l’usage des armes à feu en passant par la géopolitique – sont dépouillés de toute forme de texte. Ne demeurent sur les pages des livres devenus muets que des images mystérieuses, dont les cohabitations paraissent la plupart du temps incohérentes : le spectateur devenu lecteur est placé à face à des représentations dont il ne maîtrise plus les codes et qui paraissent dès lors autoritaires en dépit de leur silence.
Son livre La conjecture d’Elisseiev part dans une quête aussi minutieuse que fictionnelle à propos des célèbres Deux dames vénitiennes et Chasse sur la lagune de Carpaccio, afin de retrouver le point de vue exact du peintre, chimère exégétique absurde mais peut-être résolue.
Enfin, son singulier projet, La collection particulière, tâche, avec le concours d’un copiste professionnel, de recréer des peintures spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale, et demeurées aujourd’hui introuvables : Lucie Planty n’entend pas restituer ces œuvres, dont on ne connaît ni les couleurs d’origine, ni les formats, mais plutôt créer une dystopie dérangeante, que hantent ces portraits paisibles, entre histoires vraies et fables picturales.











Casas en Ecuador
4 images, 100x130cm chacun, papier tissus, jet d’encre, 2016
Lucie Planty











http://m-o-d-u-l-a-t-i-o-n.com
Site internet, 2014
Lucie Planty
Collecte des 300 reproductions de la série de 30 tableaux des Cathédrales de Rouen de Claude Monet sur internet, publiées à nouveau et organisées chronologiquement.











Collection Particulière
peintures, formats variables, 2016—.

La collection particulière consiste à redonner une réalité matérielle à des tableaux spoliés disparus durant la Seconde Guerre mondiale, en les restituant en couleur et au format d’origine à partir d’archives photographiques en noir et blanc. Lucie Planty Lucie Planty
⤷ Christian Wilhelm Ernst Dietrich (1712-1774), Vieil homme blanc barbu avec turban, date de réalisation inconnue, 33 x 24 cm, peinture sur bois de hêtre, date et lieu de la disparition : inconnu c.1939-1945 ; copie Van Der Linden, Lucie Planty, 2016 (détail)

Les archives du bureau ERR (Équipe d'intervention du Reichsleiter Rosenberg), section du NSDAP en charge de la confiscation d’œuvres d’art sur les territoires occupés par la Wehrmacht, ont été numérisées et publiées sur internet en 2005. Cette base de données recense toutes les informations disponibles sur ces objets : descriptions, indications historiques et photographies. Je l’ai parcouru longuement dans son intégralité, plusieurs fois, c’est là que la « collection particulière » trouve son origine. À travers toutes les bases de recherches de tableaux disparus durant la Seconde Guerre mondiale en ligne sur internet, j’ai commencé à sélectionner, regrouper, combiner, colorier ces photographies de peintures en noir et blanc dont il était impossible de savoir si la disparition était définitive ou provisoire. Lucie Planty
⤷ Robert Hermann Sterl (1867-1932), Portrait de Guido Mengel, 1929, format inconnu, peinture à l’huile sur toile, date et lieu, de la disparition : 1945 ; copie Van Der Linden, Lucie Planty, 2016 (détail)
Lucie Planty
⤷ Christian Wilhelm Ernst Dietrich (1712-1774) Vieil homme blanc barbu avec turban, date de réalisation inconnue, 33 x 24 cm, peinture sur bois de hêtre, date et lieu de la disparition : inconnu c.1939-1945 ; copie Van Der Linden, Lucie Planty, 2016

C’est à partir de ces milliers d’avis de recherche que j’ai entrepris la constitution d’une collection de portraits. Ils ont en commun un fond coloré sans détail, et la présence d’un personnage historique ou anonyme qui ne fait rien d’autre que poser. Ces peintures proviennent d’époques différentes, d’artistes célèbres ou méconnus. La perte s’opère de trois façons, par le tableau lui-même, la personne représentée et la pratique de l’artiste, dont il ne reste pour certains que peu d’œuvres. Il y a en la disparition de ces portraits de belles factures quelque chose d’inadmissible. J’ai imaginé sans vraiment y croire qu’il serait possible de réanimer ces tableaux, de les refaire dans le respect des techniques traditionnelles. Au terme d’un temps assez long de réflexion, il m’est apparu qu’il fallait tenter de réaliser ce projet : peindre des copies de tableaux à partir de documents de très mauvaise qualité, en noir et blanc, et réussir à saisir malgré le peu d’information l’intention plastique de l’auteur, retrouver les couleurs, deviner les détails, imaginer le format, la technique, le support qui pour certain avait été oublié. Lucie Planty
⤷ Artiste inconnu (école italienne, florentine), Magdalene , date de réalisation inconnue, 63 x 47 cm, peinture sur bois de peuplier, date et lieu de la disparition : inconnu c.1939-1945 ; copie Van Der Linden, Lucie Planty, 2016 (détail) Lucie Planty
⤷ Robert Hermann Sterl (1867-1932), Portrait de Guido Mengel, 1929, format inconnu, peinture à l’huile sur toile, date et lieu de la disparition : 1945 ; copie Van Der Linden, Lucie Planty, 2016 (détail)

J’ai entrepris la réalisation de cette collection avec un copiste, restaurateur et historien de talent, en sachant que ce projet était impossible et ce refus inutile et absurde, tout en étant convaincue de l’importance d’aller contre l’oublie, contre cette perte banale, en ceci nécessaire. Il ne s’agit pas de copies à proprement parler, mais plutôt de reflets déformés, d’apparitions, de spectres sans doute bien loin de leurs formes tutélaires. Ils apparaissent nus, sans cadre, comme des suppléants misérables qui par leurs traces inexactes se portent garants d’une histoire oubliée. Le cartel joue un rôle déterminant, c’est avec lui que s’arrête la fiction, il est le lieu de l’effroi, il permet de comprendre que ce que l’on regarde n’est qu’un mirage en trompe-l’œil, un souvenir dérisoire.











Superstructures
images digitales, 2016 Lucie Planty












Claude d'Anthenaise
Catalogue de l’exposition « Au-delà de l’héritage », Église Saint-Pierre
de Montmartre, 2016

[...] A priori, c’est à ce travail de mémoire que s’est attachée Lucie Planty. Elle a choisi de raconter une histoire d’œuvres d’art spoliées par la Wehrmacht dans les territoires occupés et jamais retrouvées. À elle de reconstituer les œuvres disparues, de les réactiver. À cette fin, elle nous entraîne dans une sorte de labyrinthe vertigineux aux échos borgésiens. En effet, du tableau manquant il ne reste au mieux qu’une photographie en noir et blanc et une notice d’inventaire mentionnant l’auteur et précisant la date, la technique et les dimensions. À partir de ces documents, Lucie Planty demande à un peintre d’interpréter l’œuvre, comme s’il s’agissait d’un morceau de musique écrit pour être, à loisir, recréé.
Dans un travail précédent, l’artiste avait collectionné les reproductions de peintures impressionnistes, complétant les « séries » initiées par Claude Monet avec ses « versions » nouvelles dues aux caprices des imprimantes et aux aléas de la reproduction des couleurs. La galerie fantôme dont Au-delà de l’héritage présente les prémices, poursuit ce questionnement sur la nature d’une œuvre d’art plastique : l’image d’une peinture peut-elle se substituer à la peinture elle-même ? Est-elle une œuvre nouvelle ? Que reste-t-il de l’œuvre initiale après ces différentes médiations ?












Siècle dernier
10 livres, exemplaires uniques, 32 x 45 cm, impression laser, centaure blanc 120g, reliure tige en acier, 2017

De gauche à droite
1930, 1931, 1933, 1934, 1935, 1936, 1937, 1938, 1939, 1940

Lucie Planty Lucie Planty

Siècle dernier est une installation de livres composés d’images en noir et blanc. Elles ont été prélevées dans les pages du journal «La Stampa» et reproduites à l’échelle chronologiquement (un livre par année). La totalité des archives de ce grand quotidien italien a été scannée et publiée sur internet. Cette banque de données constitue le principal accès à la totalité de ces publications, et la numérisation en a pourtant considérablement dégradé les illustrations, dont une grande partie demeure à présent illisible. Lucie Planty Lucie Planty

Ce transport de support a fait de ces photographies des documents abstraits sans valeur, impossibles à identifier. Ils ont perdu leur valeur de mémoire, devenue collection d’images d’histoires mortes compilées en feuillets illisibles qui affichent ce paradoxe, ces archives ont été rendues illisibles par le support qui devait les faire apparaitre. Lucie Planty











Zéro
avec Sarah Vadé, performance et vidéo, 2014
Lucie Planty
Installation et désinstallation d’un papier peint en blanc devant l’entrée d’une salle d’exposition, prenant l’apparence d’une fresque venant annuler l’espace d’accrochage.











Le Voyage de Bretschneider
catalogue, 2017
Lucie Planty
Lucie Planty
Johann Michael Bretschneider est un peintre allemand assez peu connu du 18e siècle. Son travail fut presque exclusivement consacré à la réalisation de peintures de type "cabinet d’amateur" représentant des galeries de tableaux. À travers ces figures de style académique se trouve une œuvre meta à peine formulée. Ses galeries peintes ne sont tapissées que de ses propres peintures, au demeurant jamais véritablement réalisées. Le voyage de Bretschneider constitue le premier acte d’une recherche au long cours autour de la constitution d’une source de documentation fictive sur cet autre presque-peintre désavoué. Elle prend ici l’apparence formelle du catalogue, photographies des peintures dans la peinture, légendes inventées sur des destinations impossibles mais vraisemblables (noms allemands correspondant à la situation géographique de l’époque), et reproduction à l’échelle du tableau d’origine, Galerieinterieur (cabinet d’amateur en allemand), peint en 1702 et conservé au Germanisches Nationalmuseum de Nuremberg. Ce catalogue de fiction, devenu le seul sur cet artiste, documente par un effet de cadrage un rêve poétique sur une contre-histoire de la peinture.











Postcards
Cartes postale et feuilles d'or, 2017
Lucie Planty
La maison du Labyrinthe,15x10,5cm

Restitution impossible de portraits spoliés durant la Seconde Guerre mondiale à partir d’archives photographiques en noir et blanc ; collection d’images d’histoires mortes compilées en feuillets illisibles ; cartes postales de lieux perdus raturées d’or où se confondent en couleur pure primitifs italiens et souvenirs de vacances — ces œuvres prennent la forme d’efforts inutiles, aux allures d’enquêtes, qui tentent de saisir dans le creux des images la marque de ce qui a disparu. Ici, trois cartes postales pour trois actes, la sculpture dialogue avec l’histoire de Jean-Pierre Raynaud, la mer d’Aral et la maison du labyrinthe à Pompéi. La feuille d’or recouvre ce qui a disparu, une œuvre, une mer, une maison.
Lucie Planty

«La disparition est également mise à jour par son redoublement dans son installation composée de cartes postales présentée au sein de l’exposition Nos ombres devant nous. Lucie Planty introduit un élément étranger dans une image stéréotypée et provoque un hiatus: elle nous pointe l’absence du doigt. Ces trois images sont celles de Pompéi, la mer d’Aral, et une sculpture de Jean-Pierre Raynaud présente sur la place de Paris à Québec. Chaque lieu a subi une forme d’anéantissement différente. A Pompéi, la nuée ardente qui l’engloutit en l’an 70 ap. JC la révéla paradoxalement aux yeux de tous des siècles plus tard. La vue spatiale de la mer d’Aral représente une destruction humaine au profit d’un enjeu de développement économique ayant provoqué le détournement de l’Amou-Daria et le Syr-Dariades, deux fleuves qui alimentaient la petite mer. Pour la sculpture de Raynaud, ironiquement intitulée Dialogue avec l’histoire, c’est une démolition "de goût" mise en scène en présence de la presse, en pleine place publique, en juin 2015. Lucie PlantyLa mer d'Aral, 15x10cm

L’artiste recouvre précautionneusement de feuilles d’or l’image d’une disparition. À la manière des fonds dorés hérités des icônes byzantines, Lucie Planty sacralise le manque. L’aura ainsi conférée à la carte postale - représentation pauvre et reproductible, qui fait office de souvenir de visite dans les boutiques de musées - est contenue dans ce récit que porte l’image, dans sa plus-value historique qui est mise en avant par cet enfouissement doré. Comme Pompéi recouverte de cendres, cette fine pellicule dorée voile et dévoile un récit.»
Léa Djurado et Joshua De Paiva, catalogue de l'exposition Nos ombres devant nous, Fondation Ricard, 2017
Lucie PlantyDialogue avec l'histoire, 9x14cm












Grillage, Vitre, Miroir
«On n´a jamais été aussi proche du milieu» exposition collective, Centro Cultural de Itchimbía, Quito, Equateur, 2016

Lucie Planty












BarnettNewman.jpg
Techniques mixtes, 17,6 x 10,72 cm, 2015

Lucie Planty

Dessin d’après la photographie d’un acte de vandalisme sur une œuvre de Newman, seul document de ce geste en noir et blanc sur internet.











Documents
Défilé, Nouvelle Collection, photographie Jean-Baptiste Monteil et Zach Barouti, modèle Mahalia Kohnke-jehl, curatrices Sarah Nefissa Belhadjali, Tania Gheerbrant, Paris, 2016 — http://nouvellecollection.paris/ ⇲

Lucie Planty
« Nouvelle Collection est un projet né d’une volonté commune d’explorer de nouvelles formes d’exposition. Cette expérimentation prend la forme d’un défilé de mode, faisant le lien entre la danse, la performance et l’objet porté. » Sarah Nefissa Belhadjali
Document est une série de vêtement en bâche plastique sur lesquels sont imprimées des photographies anciennes altérées par le temps. Le corps devient le support, le cadre de ces images, dont la lecture, la séquence et la marge sont renouvelées par son déplacement. Lucie PlantyRob a Robe — Exposition au Doc, Nouvelle collection, Paris, 2016 (photographie : Paul Nicoué)
Lucie PlantyDo Disturb Festival — Exposition au Palais de Tokyo, Nouvelle collection, Paris, 2017












La conjecture d’Elisseiev
texte, 8x12,5 cm, 124 pages, impression laser, 2017
Lucie Planty
Lucie Planty
La conjecture d'Elisseiev retrace une enquête sur le tableau des Deux dames vénitiennes de Vittore Carpaccio. Il fut largement admiré et commenté jusqu’à ce qu’on découvre en 1963 qu’un autre tableau du peintre faisait autrefois partie de la composition d’origine, et qu’il manquait la moitié du panneau. Ce texte retrace la conjecture historiquement valable et inédite, consistant à penser les traces des charnières à l’arrière des panneaux comme volet de fenêtre : la scène représentée est un trompe-l’œil fidèle du paysage extérieur. Tous les éléments du tableau deviennent alors des indications géographiques et architecturales permettant de retrouver la maison, et donc la peinture disparue. À commencer par l’élément symptomatique dans le texte, la colline, qui laisse imaginer que la scène ne pouvait se dérouler à Venise, mais plutôt en Istrie, aujourd’hui Croate, qui faisait autrefois partie de la république de Venise. C’est alors une enquête à rebours de l’image qui est menée par Elisseiev, un personnage fictif, sur les traces de ce tableau disparu. Si tout est historiquement vrai, valide ou valable, la donnée se juxtapose en permanence à la fiction, que ce soit par l’usage du paratexte, des images, ou par l’entrée de situations fictives dans un texte substantiellement documentaire.











Bibliothèque Estudiantine 9
Cabinet du livre d’artiste, Rennes, 2017
Lucie Planty











Icônes
Images en noir et blanc, format variable, 2017
Lucie Planty
Lucie Planty
LookBook sur une proposition de My-lan Hoang-Thuy
crédit photos : Halldora Magnusdottir
Randon Access Bpi, 2017












Camille Paulhan
Catalogue de l’exposition des félicités, Palais des Beaux-Arts, Paris, 2017

Certains jeunes artistes aiment expliciter leur pratique : ils sont « peintres », « sculpteurs », « vidéastes ». Je me demandais comment tu définirais la tienne, où tu peux passer d’un médium à un autre en fonction des projets singuliers que tu développes.

Ce que je fais n’est pas défini par une technique ou par un matériau en particulier, car ce n’est pas la technicité qui m’intéresse, mais plutôt la façon dont je vais pouvoir donner forme à la résolution d’un problème donné et sur lequel je choisis d’enquêter. J’ai exploré divers médiums, notamment l’installation, le livre, l’écriture, la performance, et la peinture qui ne sont que des réponses formelles évidentes à l’aboutissement d’une recherche. Ces projets trouvent leur origine dans un questionnement sur l’Histoire, et les sciences humaines en général. Ils apportent une information, quelque chose de substantiel d’un point de vue documentaire, ils ont un sens et un contexte, tout en se mêlant à la fiction.

Tes recherches ont souvent pour point de départ des images : images d’œuvres disparues lors de la Seconde Guerre mondiale, manuels d’apprentissage dont tu ôtes les textes pour ne laisser que les illustrations photographiques, qui en deviennent plus qu’énigmatiques, quête initiatique en Italie pour retrouver le point de vue de Carpaccio pour ses célèbres peintures « Deux dames vénitiennes » et « Chasses sur la lagune ».

J’entretiens un rapport compulsif avec les images : je suis en recherche active d’images, je les compile quotidiennement, sur Internet, dans des livres ou par le biais d’autres supports. Je prends souvent des photographies de mauvaise qualité, je les manipule jusqu’à qu’il n’y ait plus que quelques éléments, qu’elles deviennent un objet, une composition ou une couleur. Je ne montre peu ces nouvelles images, elles sont un point de départ, un exercice quotidien. Le nombre d’images produites et regardées aujourd’hui est conséquent, il me semble important d’offrir une forme qui puisse apporter quelque chose, et de lui donner de la place. Je rêverais un jour d’entrer dans une grande salle d’exposition, dans un musée classique, moderne ou contemporain et dans laquelle il n’y aurait qu’une seule image à regarder. À l’inverse des musées actuels en somme, où le rythme de visite est conditionné par le nombre d’œuvres. Je crois qu’une image intéressante est quelque chose de très précieux et qu’il est nécessaire d’y consacrer du temps et de la concentration.
Lucie PlantyAlbum, impressions jet d’encre, papier intissé, images de synthèse,
33  x 45 cm, 2014

Un de tes projets en cours, qui porte sur Pompéi, où tu t’es rendue récemment, évoque l’annihilation soudaine d’une ville et ne manque de faire référence à des destructions contemporaines brutales, comme à Palmyre. Peut-on dire que tu cherches à évoquer des évènements contemporains à travers le prisme d’évènements plus anciens ?

Oui, c’est exactement cela ; l’actuel par définition est en mouvement constant. Les évènements déjà conclus, balisés par l’Histoire permettent une analyse rétrospective, qui en miroir, renvoient inévitablement à des problématiques contemporaines. Il est question de ce qu’on l’on perd, de ce que l’on garde, de ce qui perdure ou pas, de l’autorité historique et du besoin de mémoire en somme. Ces composants déterminent ce qu’est la contemporanéité. En ce moment, outre mes recherches sur Pompéi, je m’intéresse à Johann Michael Bretschneider, peintre allemand du XVIIIe siècle. Il s’est distingué dans la réalisation de cabinets d’amateur, qui ne représentaient que des tableaux qu’il n’avait finalement lui-même jamais peints. J’aime cette vision d’un artiste désavoué dont les peintures n’ont jamais été réalisées, ni vendues, ni ne sont jamais entrées dans l’histoire de la peinture, tout en ayant des qualités plastiques certaines. Séparées de la figure de style dont il a fait sa signature, elles deviennent une œuvre irréelle et poétique. Je me sens proche de l’art conceptuel et des recherches de l’Oulipo, dont le processus de réalisation est lié à des contraintes et des protocoles qui sont à la fois moteur créatif et substance de l’œuvre. Je suis aussi très marqué par des œuvres cinématographiques qui ont pour point de départ une image, L’hypothèse du tableau volé de Raoul Ruiz, Sur la plage de Belfast de Henri-Francois Imbert, Maesta de Andy Guerif, Intervista de Anri Sala, Andreï Roublev de Andreï Tarkovski, Une minute pour une image de Agnès Varda, Blow up de Michelangelo Antonioni, entre autres. Ces films questionnent le pouvoir et la valeur d’une image, qu’il s’agisse de peintures, de séquences vidéo ou de photographies, ils en explorent le potentiel de fiction, la valeur documentaire et la charge de mémoire.











ERR (Archives Fédérales)
livre (reliure japonaise par écrou, table métal), poster (impression laser format 60x75cm), sculpture (couverture de protection, aluminium, sangles), 2017
Lucie Planty «Pour l’exposition Nos ombres devant nous, Lucie Planty choisit de ne pas montrer ses peintures, de s’extraire de ces images qui réactivent un lourd passé. Elle y fait allusion en présentant un livre, qui au premier regard, est vierge mais qui en réalité reprend scrupuleusement chaque page numérisée des registres ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg), ensemble d’archives qui répertorient les oeuvres “déplacées” durant la seconde guerre mondiale. Lucie Planty ⤷ Vue d'exposition à la Fondation Ricard Paris

L’artiste choisit pourtant de ne retenir que les verso scrupuleusement numérisés de ces documents dont le contenu informationnel se limitait strictement à leur recto. La page blanche devient porteuse d’un lourd passé qui se manifeste discrètement par des taches, une transparence ; la finesse de la page nous faisant entrevoir quelques phrases, sous la forme d’un palimpseste retourné. Lucie Planty Lucie Planty peut choisir de faire taire des images parlantes, pour provoquer le mystère, voire le mythe. Le répertoire ERR et les manuels d’utilisation portent la trace de l’étrangeté de l’absence, et le lecteur devient spectateur d’un absurde défilement des pages, plongé dans une histoire disparue ou en cours d’écriture.»» Léa Djurado et Joshua de Paiva, Catalogue de l'exposition Nos ombres devant nous, Fondation Ricard, 2017
Lucie Planty











« La pratique artistique dans laquelle Lucie Planty est engagée examine le rapport entre le modèle et la pièce de façon inframince. Ils s’y juxtaposent l’un à l’autre de façon presque imperceptible. Les documents d’origines qui font la matière de ces pièces sont étroitement liés à elles. Ce sont des images qui concernent l’art, l’histoire, les sciences humaines, elles sont utilisées comme des trompe-l’œil, dans un rapport ténu avec l’original. Le geste qui les lie est mesuré, il fait toujours partie d’un protocole défini. Il est toujours question de collectionner, de décoder, de refaire, ou de retranscrire, d’effacer. La disparition du modèle devient alors un facteur déterminant. C’est parce que les pièces produites proviennent de documents préexistants qu’elles les portent et les citent dans un décalage qui fait sens. La pièce est parfois le modèle lui-même, en miroir. Ces documents images passent par le filtre du transport du médium, et c’est par ce filtre qu’intervient la fiction. Il s’agit alors d’interroger la source, la puissance de saisie d’une image, ses modes d’apparition, de disparition et d’interprétation. Cette démarche est celle d’un archéologue porté par la fouille des ruines de l’homme contemporain. » exposition Archive/fictions, T.M., 2016











Act 4 09.03.2012
avec Sarah Vadé, livre, 21 x29,7 cm, 862 pages, 3 exemplaires, 2012
Lucie Planty Lucie Planty
Act4 09.03.2012 propose un catalogue de photographies de la totalité des 859 objets se trouvant dans la salle d’exposition et de travail Act4, en cette seule journée du 6 mars 2012. La totalité du lieu d’exposition est alors contenue dans ce livre, devenu lieu d’exposition à son tour. L’espace est décomposé, inventorié, disséqué. Ces objets devenus traces figurent sa temporalité, désignent son organisation pratique, et marquent sa mémoire. Cette compilation exhaustive d’objets anonymes dessine un paysage du lieu deviné à travers les objets qui le composent.












Audrey Teichmann
Catalogue du Salon de Montrouge 2017


Lucie Planty émet, à propos des images, certaines hypothèses que des processus minutieusement documentés tentent de démontrer. Nourrie de la culture dite «post-Internet» et cherchant à réinvestir les champs de la prospection virtuelle par la matérialité de ses recherches, elle détermine des protocoles de resurgissement ou de recréation d’«images manquantes». Conçue à la fois comme processus créatif et œuvre en soi, l’investigation se double d’un ensemble de contraintes, dont l’Oulipo a rappelé le rôle d’amorce créative. L’artiste tente d’épuiser ses sujets : lectures exhaustives et voyages pour retrouver la trace des Deux Dames vénitiennes de Vittore Carpaccio et récit de cette quête. Le temps distendu de l’analyse et des trajets reconstitue en négatif une image de l’œuvre plus palpable que l’œuvre elle-même. Ce travail n’échappe pas à une part fictionnelle, dont l’empreinte sur la substance documentaire absout le risque des impossibles retrouvailles. Allant jusqu’à la substitution d’œuvres à celles qui ont disparu, La Collection particulière (2016), élaborée avec un copiste à partir des archives des œuvres spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale, reconstitue un patrimoine d’après des mentions lacunaires. Plus qu’une mémoire de la pièce disparue – qu’avait explorée Sophie Calle dans Tableaux dérobés –, c’est d’une apparition qu’il s’agit, phénomène au nom mystique pour un travail qui, s’il ne touche pas aux questions de sainteté des images ni d’iconoclasme, prélève, dans ces pratiques dogmatiques de sélection ou destruction des images, des stratégies contribuant à leur conférer, au milieu des flots discontinus dont elles sont extraites et malgré leur authenticité douteuse, une vibrante aura.











Catalogues
Lucie Planty Lucie Planty Lucie Planty ⤷ Catalogue de l'exposition Nos ombres devant nous, texte de Léa Djurado et Joshua de Paiva, Fondation Ricard, édition des Beaux-arts, 2017
Lucie Planty ⤷ Catalogue du salon de Montrouge, texte de Audrey Teichmann, Montrouge, 2017
Lucie Planty Lucie Planty ⤷ 28.05.2016, Iconotexte + Pierre Feuille Ciseaux, catalogue, Ensapc, organisé par Angeline Ostinelli, réalisation du catalogue g.u.i. (Angeline Ostinelli, Julien Gargot, Benoit Verjat, Nicolas Couturier avec l’aide de Céline Gay), typographies Aileron et Savate, Éditions &&, impression laser Cneai Chatou, 50 exemplaires, Juin 2016
Lucie Planty Lucie PlantyAu delà de l'héritage,catalogue, texte de Claude d'Anthenaise, PaP BdA Science-Po, conception graphique Ariane Seibert, photographies des oeuvres Alexis Allemand et Ulysse Bellier, typographies Balance Pro et Univers, Mai 2016
Lucie Planty Lucie Planty
⤷ 26th International Biennial of Graphic Design Brno 2014, catalogue, design graphique Johannes Breyer, Fabian Harb en collaboration avec Tomáš Celizna, Adam Macháček et Radim Peško, imprimé par Tiskárna Helbich a.s., Brno, The Moravian Gallery in Brno, 2014
Lucie Planty Lucie Planty
⤷ A.Dahan x SP Millot || Tomáš Celizna, Adam Macháček, Radim Peško Lucie Planty Lucie Planty
⤷ Camille Baudelaire, Jérémie Harper || Centro Cultural Itchimbia Lucie Planty Lucie Planty
⤷ Baldinger Vu-Huu || Collectif Basalte Lucie Planty
⤷ Luty Agency
Lucie Planty Lucie Planty
⤷ Artjaws || Head, Arba-Esa










lucie.planty[at]hotmail.fr
Paris


Expositions

Les recombinants
cur. Madja Edelstein-Gomez
ART-O-RAMA, Foire internationale d’Art Contemporain de Marseille
Friche de la Belle de Mai, Marseille, 2017-2018

4 écoles d'art dans La Boîte
en tant que curatrice et exposante,
La Boite 31 (Marie-Ange Guilleminot), Paris, 2017

Tenaces promesses, dérision magnifique
Cur. Thomas Malenfant
La Station - Gare des Mines, 2017

Mythologie.s
La capela, Paris, 2017

Variation Media Art Fair
Cité internationale des Arts, Paris, 2017

Pavillon Homeostasis Lab
Cur. Julia Borges Araña
Biennale international The Wrong, 2017

Grand prix de l’institut culturel Bernard Magrez
Château Labottière, Bordeaux, 2017

Nos ombres devant nous
cur. Collectif Basalte
Fondation Ricard, Paris, 2017

Mythologie.s
La vallée
Bruxelles, Belgique, 2017

Salon de Montrouge
Beffroi de Montrouge, 2017

Do Disturb Festival
Avec Nouvelle Collection Paris
Palais de Tokyo, Paris, 2017

Felicita 17
Palais des Beaux-Arts, Paris, 2017

Bibliothèque estudiantine #9
Cabinet du livre d’artiste, Rennes, 2017

Lookbook
cur. My-Lan Hoang-Thuy
Ensba, Paris, 2017

Prix AMMA
Pantheon-Sorbonne pour l’art contemporain
,
Bastille design center, Paris, 2017

Rob a Robe
DOC, Paris, 2016

Nouvelle Collection
Défilé, Ensba, Paris 2016

Pierre-feuille-ciseaux
Iconotexte, Cneai Chatou, 2016

Au-delà de l’héritage
Église St Pierre de Montmartre, PAP BdA
Sciences-Po, Paris, 2016

Superstructure,
Vitrine du couloir des Sculpteurs,
Ensba, Paris, 2016-2017

Archive/Fictions,
exposition personnelle, Ensba, Paris, 2016

On n’a jamais été aussi proche du milieu,
Centre Culturel d’Itchimbía,
Quito, Équateur, 2015

Un bazar dans le Bazar dans un bazar,
Bazaar compatible program, Shanghai, Chine, 2015

Hors les murs, Beaux-Arts de Paris,
curateur Claude Closky, 2015

Possibliothèque,
Offprint Paris, 2014

Graphic design, education and schools,
Biennale de Brno, the Moravian Gallery
Brno, République Tchèque, 2014

La famille, Galerie Œil du Huit,
Paris, 2010





Références bibliographiques & Presse

Catalogue de Nos ombres devant nous
Fondation Ricard, Paris, 2017

Catalogue du Salon de Montrouge, 2017
http://www.salondemontrouge.com/ ⇲

Catalogue de l’exposition Felicita 17, 2017

Catalogue du live-exposition LookBook
Ed. My-Lan Hoang-Thuy, Paris, 2017

Catalogue de l’exposition Au-delà de l’héritage,
PAP BdA Sciences Po, Paris, 2016
http://www.audeladelheritage.com/exposition/ ⇲

Catalogue Pierre Feuille Ciseau [iconotexte] ⇲
Cneai Chatou, 2016
http://la-bibliotheque.de/ ⇲

Catalogue de la 26e Biennale de Brno,
Graphic design, education & schools, 2014
http://www.26.bienalebrno.org ⇲





Résidences & Prix

Prix Albéric Rocheron
Felicità 17, 2017

Résidence Épopure, 2017

Nomination Prix AMMA
pour l’art contemporain, 2017

Prix jeune talent, Au-delà de l’héritage,
église St Pierre de Montmartre, Paris, 2016

Prix La famille,
Galerie Œil du Huit, Paris, 2010





Formation

DNSAP Beaux-Arts de Paris
ateliers Jean-Marc Bustamante, Claude Closky
avec les félicitations du jury, 2014-2016

DNAT Beaux-Arts de Lyon
section design graphique dirigée par Damien Gaultier,
Thierry Chancogne, Pascal Poulain et Alexandre Balgiu.
avec mention, 2012-2014







© 2017 Lucie Planty